12 mai 2021

Tribune : Féminisme,  Nobody’s perfect

Écrit par Juliette Mantelet
Audio par Ségolène Montcel

Le temps d’un allongé

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Chez Nous Fomo, on écrit mais on se parle aussi, beaucoup. Dans nos dernières réflexions on s’est rendues compte qu’on était assez tendues toutes les deux en ce moment. Et pour une fois, rien à voir avec celui dont on ne doit plus prononcer le nom (ça commence par un C). Féminisme par ci, féminisme par là. Pourquoi aujourd’hui rien que le terme divise autant créant soit l’approbation automatique soit des haussements de sourcils systématiques ? Pourquoi est-ce qu’on se flique autant entre nous et envers nous-même ? Quitte à créer de nouvelles injonctions ? Nobody’s perfect, oui c’est sûr, on est parfois contradictoires et pleines de dualité. Alors, on a voulu faire le bilan de nos états d’âme féministes. 

Pour vous, les voici. En audio et en écrit, nous avons témoigné sur un sujet complexe qu’est le féminisme en 2021.

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En 2021, être une femme, c’est assez compliqué comme ça. L’égalité n’est toujours pas là et ce combat vital pour l’égalité homme-femme a même pris 36 ans de retard suite à la crise sanitaire du covid. Les femmes ont maintenant peur de rentrer seules chez elles le soir non pas à 1h du matin, mais dès 19h tapante. À chaque fois que je retourne dans ma banlieue après avoir travaillé dans Paris, j’entends cette phrase de mon associée, “tu m’envoies un message quand tu arrives”Les femmes avec la multiplication du télétravail doivent encore plus s’occuper du foyer, des enfants. Et n’ont certainement pas toutes, pourtant presque 100 ans après la publication de l’essai de Virginia Woolf, une chambre à elle. Alors n’en rajoutons pas, entre nous, et sur nos épaules.  

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Oui, je suis féministe. Mais je suis aussi en couple hétérosexuel. Oui, je suis féministe, mais je ne veux pas passer ma vie à être en guerre avec celleux qui ne pensent ou n’agissent pas exactement comme moi. Je ne veux pas passer mon temps à me comparer à cette liste implacable que j’ai dans la tête, et que je me suis constituée à force de lire des essais féministes, d’écouter tous les podcasts qui sortent sur le sujet ou de scroller parmi mon feed Insta de plus en plus engagé. Cette liste, tu la connais. C’est celle des choses, des actions, que tu dois absolument penser et faire, si tu veux être “une bonne féministe”. Une féministe qui ne dessert pas la cause. Je suis féministe, mais je ne pense pas que le féminisme devrait se vivre dans la douleur. Dans une éternelle remise en question de nous-mêmes. Je veux évidemment l’égalité homme-femme, comme tout le monde devrait la vouloir, je veux pouvoir gagner le même salaire que mes amis au même poste, pouvoir choisir d’avoir un enfant un jour, ou jamais, sans que le regard des autres ne changent autour de moi, sans avoir l’impression de refuser le rôle de ma vie ou au contraire de rentrer dans le moule.

 

Mais je ne veux pas, à chaque fois que je fais l’amour me demander si nous le faisons de manière assez féministe. Si je suis une femme normale, et même finalement une femme tout court, si je n’aime pas spécialement me masturber, maintenant que le plaisir féminin est affiché partout, me mettant la pression pour jouir. “Nous ne sommes pas juste des corps à clitoris et des machines à atteindre le plus possible l’orgasme” écrit Tatiana, fondatrice de Desculottées, le média pour une sexualité décomplexée et positive. En fait, je veux autant l’égalité que la liberté. L’arrêt global des injonctions mises aux femmes. Par exemple, que je puisse laisser pousser mes poils un moment puis, un jour, décider de tout raser parce que ça me chante, sans trop réfléchir ou interpréter cet acte du quotidien, sans avoir honte de le faire ou me sentir coupable. Et qu’on représente autant des femmes poilues qu’imberbes, pour que chacun.e puisse se construire comme il.elle l’entend, avec toutes les représentations en tête. Il existe aujourd’hui beaucoup de courants dans le féminisme, mais je pense qu’il serait facile de se retrouver tous.te.s sur ce point : “La liberté de tous.tes par l’égalité de tous.tes”. Ne pas résumer le féminisme à l’égalité, ne pas perdre la liberté en route.

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Je suis triste d’entendre mes amies se poser sans cesse des questions sur leurs agissements. Qui sont fatiguées d’être toujours en tension, prêtes à bondir à la moindre faute. Je pense à cette amie qui m’appelle en colère, malgré elle, contre son père qui ne partage pas assez les tâches à la maison… Alors qu’elle sait au fond d’elle, que c’est une question de génération, qu’on ne peut pas tout remettre en cause comme ça, en un instant, à la lumière de nos combats actuels. Même si on peut, bien sûr, discuter, et aider aussi nos parents à se déconstruire. Ou encore à celle qui m’a dit avoir honte de prendre du plaisir dans les positions où elle est dominée et y avoir mis fin pour respecter son combat féministe.

On a le droit de ne pas aimer son corps et de vouloir le changer même si l’on défend le body positivisme, comme on a le droit de vouloir raser ses poils et d’être prise en levrette, si l’on est féministe.

 

Comme l’écrivait Fiona Schmidt dans un post Instagram capital à mes yeux, “Je suis féministe mais je suis épuisée par le devoir d’exemplarité livré avec l’étiquette comme un vélo est vendu avec des pédales. Je suis féministe mais j’ai déjà minaudé avec le plombier pour une ristourne. Je suis féministe mais encore aujourd’hui, je ne relève pas tous les propos sexistes”. Et c’est aussi suite à des discussions avec toutes celles qui m’entourent que j’ai eu envie, besoin, d’écrire cette tribune. J’en avais assez qu’elles se sentent mal, pas assez bien, si elles dérogeaient à quelques règles. Alors qu’elles en font déjà beaucoup.

 

 
 
 
 
 
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L’écologie et le féminisme sont les deux grands défis de notre époque. Les combats à mener de front, en parallèle. Mais le féminisme comme l’écologie ne semblent pas pour certain.e.s pouvoir se vivre dans la demi-mesure. Alors même que les deux sont des mouvements positifs, de progrès social, qui ne doivent pas enlever le plaisir de vivre, créer de nouveaux diktats. Et qui doivent ainsi pour moi se mener avec bienveillance. Comme je l’écris dans ma critique de l’essai Journal de guerre écologique du journaliste Hugo Clément, “Cessons de faire culpabiliser celui.celle qui prend l’avion une fois dans l’année pour s’offrir des vacances bien méritées ou de soulever la moindre incohérence de nos comportements, déjà tous globalement de plus en plus responsables. (…) Félicitons plutôt chaque action, soutenons avec bienveillance chaque geste et chaque effort. (…) Et n’oublions pas que sans bienveillance, aucune bataille ne vaut pas la peine d’être menée.”

Sans bienveillance envers celles et ceux qui font différemment, qui ne pensent pas toujours exactement comme nous, nous n’irons pas loin. Alors que nous voulons finalement toutes la même chose : l’égalité ET la liberté des femmes. Et que c’est ce combat là qui est le plus important. J’aime beaucoup cette phrase essentielle du compte Entre nos lèvres, publiée au moment de la polémique MyBetterSelf et son don de serviettes hygiéniques : “La sororité ce n’est pas seulement envers les femmes avec lesquelles nous sommes d’accord“.

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Les contradictions font partie de nous, vous imaginez un monde où l’on serait tous d’accord sur tout ? Fini la richesse d’un débat enflammé entre ami.e.s, après quelques verres, quand on essaie de refaire le monde à 2h du matin. Le vrai changement naît de la différence, de la mixité, des mélanges, des confrontations, des discussions avec l’autre.

 

Bien sûr, je suis consciente que ma situation est loin d’être dramatique. Je sais que c’est encore plus compliqué pour les femmes racisées, les femmes invalides, les femmes transgenres, mais est-ce que catégoriser nos actions de la plus féministe à la moins féministe va apporter quelque chose à notre lutte légitime, et oh combien plus vitale ? Allons ensemble vers l’égalité, libérons-nous avec bienveillance de toutes les injonctions, chacune à notre rythme et à nos degrés.

 

Donnons la part belle à une vraie sororité, où l’on ne s’entend pas toujours sur tout, finalement un peu comme avec nos frères et sœurs de sang.

Écrit & AUDIO par

Juliette Mantelet
Ségolène Montcel

Photos  & Illustrations par

Flora McLean
Monica Figueras
Kate Bellm

Florence Given

À LIRE SUR LE SUJET

  • Bad Feminist, Roxane Gay

  • Ils vécurent heureux. Guide de survie d’une féministe en couple hétérosexuel. Par Mymy Haegel.

  • Women don’t owe you pretty, Florence Given

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