18 mars 2021

Journal de guerre écologique

Écrit par Juliette Mantelet

  Le temps d’un expresso

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Je préfère vous prévenir, Journal de guerre écologique est une lecture tout sauf apaisante. Ce genre de lecture dont on ne ressort pas indemne. Et tant mieux. Mais si vous êtes sensible, comme je peux l’être, sachez que cette lecture va sûrement vous provoquer des crises d’angoisse multiples. Tout au long des deux cent pages, la sensation d’étouffer, de ne plus avoir assez d’air pour respirer m’a collé au cœur. Mon cœur, bien secoué par cet essai. J’ai aussi ressenti le besoin fréquent de faire des pauses, d’assimiler. Alors, pourquoi s’infliger une telle lecture me direz-vous ? Parce que celui qui sait peut agir. Parce que l’information, c’est la clef de l’action. Ou, pour reprendre les mots de Heïdi Sevestre, cette glaciologue française que Hugo Clément rencontre au Svalbard :

 

Savoir ce qu’il se passe précisément, c’est la première étape pour trouver des solutions”.

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Et c’est justement ce qui m’a plu dans cet essai du journaliste de Sur le Front, il nous donne à voir des hommes et des femmes inspirant.e.s qui se battent pour la cause climatique et les animaux, et nous plonge au cœur de ses reportages avec un format journal de bord très immersif. Au fil des pages, Hugo Clément déroule les actions concrètes dont il a été témoin, mises en place par des scientifiques et des chercheur.se.s, bien sûr, mais aussi par des gens comme nous, de simples citoyen.ne.s concerné.e.s, aux quatre coins de la planète, qui ont décidé de prendre les armes. L’engagement écologique prend alors de multiples visages, venant remplacer – il était temps – le cliché encore trop souvent mentionné dans les conversations du bobo parisien qui mange des graines et fait son compost.

 

Nous ne pouvons pas tous nous rendre à l’autre bout du monde pour être les témoins de ce qu’il s’y passe, de la fonte du permafrost qui libérerait “autant de carbone que la déforestation si elle se poursuit au rythme actuel”, ainsi que de nombreux virus et bactéries, de l’horreur et de l’immensité terrible du projet Carmichael qui produira une tonne de charbon par seconde, alors Hugo Clément le fait pour nous et nous impose de regarder ces faits de plein front. Et alors, impossible de faire marche arrière, de reculer, d’effacer ces informations. De les laisser mourir dans un coin de notre cerveau sans chercher à inverser la tendance. D’ailleurs, si vous avez encore dans votre entourage des personnes sceptiques de la vitesse du réchauffement climatique, mettez-leur ce livre entre les mains. Ces tragédies nous écœurent.

 

Mais si Hugo Clément nous rend plus anxieux.ses, il nous rend surtout plus conscient.e. Et il nous donne les clefs pour transformer ce phénomène d’éco-anxiété et de colère en un carburant positif pour mener le combat d’ampleur qui nous attend. Car c’est à nous de le mener. À chaque citoyen.ne. Car ce qu’on comprend clairement et implacablement en lisant Journal de guerre écologique, c’est que le changement ne viendra que de nous, pas des grands groupes et des industries, ni même des politiques.

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Il n’y a pas de petites actions

Mais ce qui est rassurant, c’est que des tas d’actions possibles existent autour de nous, à différentes échelles. Et dès que l’on commence à agir, la petite voix dans notre tête qui nous répète que c’est déjà trop tard, que l’avenir est bien noir se fait plus petite. Parce que si l’on se bouge, c’est qu’il y a encore des choses à faire, que c’est encore possible. On se sent alors moins impuissant.e. L’espoir réside dans l’action, écrit le journaliste.

Diminuer notre consommation de viande et de poisson, prendre le temps d’amener proprement nos appareils électroniques obsolètes dans une déchetterie, acquérir une parcelle de forêt du Morvan pour préserver sa biodiversité… Autant d’actions possibles, pour tous les moyens. Car l’autre message important de cet essai, c’est qu’il n’y a pas de petites actions. Chacun.e doit et peut agir à son niveau, selon ses capacités. Cessons de faire culpabiliser celui.celle qui prend l’avion une fois dans l’année pour s’offrir des vacances bien méritées ou de soulever la moindre incohérence de nos comportements, déjà tous globalement de plus en plus responsables. Oui, j’essaie de ne plus manger de viande ou de poisson, mais j’aime parfois prendre une longue douche à la fin d’une mauvaise journée. Félicitons plutôt chaque action, soutenons avec bienveillance chaque geste et chaque effort. C’est ce que suggère Hugo Clément tout au long de son livre, en gardant un ton qui n’est jamais moralisateur, simplement honnête. Lui non plus n’est pas parfait, il ne coche pas toutes les cases. La preuve, il vient de devenir papa. Et le revendique. Ce combat, il le fait pour sa fille.

 

Ce passage résume ce que j’aime dans sa manière d’aborder ce sujet : “Je suis loin d’être exhaustif. Il ne s’agit là que de quelques pistes. Il est par ailleurs difficile de toutes les appliquer en même temps. Moi-même je ne suis pas irréprochable et il m’arrive de déroger aux règles que je m’impose. Nous avons toutes et tous un impact sur l’environnement. Il ne faut pas en avoir honte, mais il faut tenter de le réduire autant que possible.

“Encourageons-nous les uns les autres, soutenons les efforts de chacun, appuyons chaque initiative”

Alors on peut apprécier ou non ce journaliste, questionner sa manière de mener ses reportages, mais il a le mérite d’agir, et surtout d’en parler. Renforçons les rangs des combattant.e.s pour le climat, plutôt que de nous opposer. On n’a plus le temps de gaspiller notre énergie à détester, à critiquer. Qu’on soit d’accord sur tout ou non, l’important c’est d’agir, chacun.e à notre échelle, pour que chaque jour le mouvement soit plus puissant que la veille. Après tout, c’est ça l’objectif. Et nous le partageons tous et toutes. La victoire n’est pas certaine, mais l’engagement collectif peut nous y mener”.

Sans vous ça ne va pas durer très longtemps

Sans vous ça ne va pas durer très longtemps

Lisons Journal de guerre écologique, apprenons des chiffres pour convaincre et persuader celles et ceux qui hésitent encore à rejoindre les rangs ou pour briser le déni, parlons autour de nous de ce qu’il se passe dans les eaux du Mexique, sur les plages des Îles Féroé ou dans nos montagnes du Jura, comprenons que nos actions ici ont des répercussions dramatiques là-bas. Informons-nous et n’oublions pas que si nous n’agissons pas de concert, nous n’irons pas loin. Et que sans bienveillance, aucune bataille ne vaut pas la peine d’être menée.

Écrit par

Juliette Mantelet

Photos par

Victor Deweerdt

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