20 juillet 2021

Ramassage des déchets. Et après ?

Écrit par Juliette Mantelet

Le temps d’un expresso

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Pour la première fois cette année au Festival de Cannes, une sélection de films dédiée à la cause environnementale a vu le jour. Elle s’intitule, Le cinéma pour le climat. Parmi cette sélection, deux films mettent en avant la jeunesse. Celle qui veut et peut encore changer le monde. C’est Louis Garrel qui réalise le premier, intitulé La Croisade, film dans lequel des jeunes s’unissent et s’associent pour prendre le pouvoir et sauver notre planète. “La nouvelle génération, ils vont tout changer. C’est super beau”, exprime-t-il souriant sur le tapis rouge. Dans Bigger than Us, long-métrage documentaire, Flore Vasseur, elle, est partie à la rencontre de jeunes activistes, partout dans le monde, qui luttent pour le climat et la justice sociale. Chez Nous Fomo, on est aussi fermement convaincues que le changement viendra de notre génération et des suivantes. Cette génération dont fait partie Antoine Abou, que nous vous présentions il y a quelques semaines, parti faire le tour d’Europe des initiatives autour de l’hydrogène. La génération d’Anaïs et Marie, 25 ans, fondatrices de l’association Sea What’s Possible, association de protection de l’environnement spécialisée dans la collecte de déchets. Je les rencontre lors d’un road-trip en van et, un mercredi matin de juillet, je me retrouve avec elles à Fréjus, sur une plage, prête à ramasser des déchets. Un type d’actions dont l’on parle beaucoup depuis quelques mois, que je voulais réaliser depuis un moment, et sur lequel j’ai énormément appris. Car une opération de nettoyage sur une plage, ce n’est pas juste collecter des déchets et puis les jeter. Catégorisation, tri, récolte de données, revalorisation, éducation et sensibilisation. C’est là que le ramassage prend tout son sens.

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tri_déchets_plage_équipe
homme_déchets_sac_plage

La France a produit 4,5 millions de tonnes de plastique en 2016. Pas moins de 11 200 tonnes de déchets de cette matière ont fini dans la mer Méditerranée. C’est avec ces chiffres en tête que je pars à mon tout premier ramassage. Consciente que ce que je vais faire aujourd’hui ne constitue qu’un grain de sable. Mais, dans la lutte écologique, il n’y a pas de petites actions, j’en suis persuadée. Réveillées à 7h, on discute déjà autour de la table de ce que l’on risque de trouver sur la plage. “Les gens jettent n’importe quoi, même de l’électroménager” me prévient Marie. Qui ajoute que c’est une vraie question d’éducation. Que certain.e.s prennent la nature pour leur poubelle, littéralement. Elle me demande si j’ai déjà fait ça. Non, ça sera mon baptême. Passer la matinée à réparer les erreurs des autres, en quelque sorte. Parce qu’on ne peut plus attendre que ce soit eux.elles qui le fassent ou les actions gouvernementales, il y a urgence. J’ai rencontré Anaïs et Marie il y a à peine trois mois, au hasard de la route. J’ai tout de suite été frappée par le fait qu’à 25 ans elles aient déjà fondé une association, pour agir concrètement, s’engager pour la planète, à leur manière et dans leur région. À peine le sujet abordé à notre première rencontre, la date était déjà calée pour que je vienne découvrir tout ça à leurs côtés.

 

On les écoute.

Quel est l’intérêt principal des nettoyages de plages ?

Les nettoyages, on les voit vraiment comme des outils de communication. Parce qu’en soi, nettoyer, ça n’arrête pas la pollution. On a déjà fait des nettoyages, tu reviens trois semaines après, c’est déjà à nouveau tout pollué, voire pire. Mais c’est par les nettoyages qu’on arrive à sensibiliser, parce qu’il y a toujours des gens qui sont intéressés par ce qu’on fait et qui viennent vers nous. Et parfois même qui veulent participer. Donc on leur donne du matériel, et ils.elles nous aident. On occupe la place publique, les gens nous voient et sont intrigués.” – Marie

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Il est neuf heures, et le soleil tape déjà fort quand nous débarquons sur la plage de Saint-Aygulf. Les touristes sont au rendez-vous, étalé.e.s sur leur coin de serviette. D’autres associations nous rejoignent. Dans la protection de l’environnement, le collectif est important. Ainsi, Marie et Anaïs contactent systématiquement les mairies des villes où elles organisent des ramassages et essaient toujours au maximum de se rapprocher d’autres associations de protection du littoral. Cela leur permet d’obtenir du matériel et de gagner en visibilité. Et puis, tout simplement, de collecter plus de déchets. Ce mercredi, nous sommes une quinzaine. Avec nous, entre autres, l’association Surfrider, des équipes de l’observatoire marin de l’Estérel, du personnel de la ville de Fréjus, et Alban Mauzac, explorateur lancé dans l’expédition Pelagos : 450 miles en kayak pendant l’été 2021 pour sensibiliser, justement, à la cause environnementale.

Marie nous donne quelques conseils pratiques avant de démarrer. Elle nous fournit des pinces, pour aller récupérer les déchets coincés dans les rochers des digues, des gants, des bouteilles en plastique pour collecter les mégots et des grands sacs plastique pour tous les autres déchets. Nous avons deux heures pour nettoyer, avant de nous retrouver au point de rendez-vous, où une grande bâche est déjà étendue prête à accueillir nos trouvailles. 

En arrivant, j’ai presque été déçue. À première vue, la plage me semble propre avec son sable doré. Je n’ai pas l’impression que nous allons avoir grand-chose à nous mettre sous la pince aujourd’hui (ce qui devrait me réjouir, mais au fond, j’ai envie de me sentir utile). Grossière erreur d’appréciation. Il suffit que je me penche un peu sur le sable et que je prenne le temps de regarder attentivement pour remarquer en quelques minutes à peine des tas de fragments de micro-plastique, enfouis, quasiment intégrés aux grains de sable, mais pourtant bien présents. Bouts de pailles ou de sacs en plastique, bâtons de sucettes ou de coton tiges. C’est ce genre de déchets, presque invisibles, qui pourraient finir sa route dans l’estomac des poissons ou des oiseaux marins. Mine de rien, mon sac se remplit petit à petit de ces micro-déchets.

 

Je me dirige ensuite vers les digues, j’ai envie de trouver plus conséquent. De retirer à la plage et à la mer des objets plus gros. Je vais être servie. Dans les digues, c’est à qui trouvera le déchet le plus improbable. Des boîtes d’appâts en plastique utilisées par les pêcheurs. Des vêtements. Un body de bébé avec la couche sale encore en place. Un flotteur. Des pneus. Des canettes. Un fauteuil de plage devenu partie intégrante du décor, tant et si bien que je n’arrive pas à le déloger. Il faut se mettre à genoux, se contorsionner pour entrer dans les trous, se glisser entre deux rochers, avoir l’œil aiguisé, le dos cassé en deux, tenir bon. Accepter, aussi, qu’on ne pourra pas tout prendre, tout retirer. Il fait chaud, nous sommes en plein soleil, c’est très physique. Beaucoup plus que je ne le pensais. Pourtant, les sacs se remplissent à vue d’œil. Impossible de baisser les bras ou de faire une pause, l’adrénaline prend le dessus, c’est une course contre la montre, les trouvailles s’enchaînent. On veut toujours récupérer plus, et dans le temps imparti, avoir nettoyé le plus possible.

 

Après deux heures de nettoyage intensif, toujours dans la bonne humeur et l’entraide, je reviens épuisée au point de rendez-vous. Je me jette sur ma gourde, lessivée. Je crois à cet instant que le plus dur est fait. Je suis étonnée, surtout, du nombre de déchets collectés quand je vois tous.tes mes acolytes revenir avec des sacs pleins, jamais je n’aurais pu l’imaginer il y a quelques heures. Une bonne dose de découragement s’abat alors sur moi. Tout cela me semble bien vain. Le lendemain, tout recommence. Pendant que nous passons des heures au soleil à nettoyer, des vacanciers profitent de la plage pour bronzer, et vont sûrement remettre de nouveaux déchets sur le sable dès que l’on aura quitté les lieux. Et puis, nous ne sommes que sur une infime portion de plage. Je visualise dans ma tête le reste des plages de la côte Méditerranéenne, des plages de France, du monde… J’ai la boule au ventre qui revient. Celle qui avait disparu dans l’action, et qui réapparaît dans la réflexion. Ma voisine de droite qui doit filer s’exclame : “Bon de toute façon à bientôt, ça ne fait que commencer, je pense qu’on va se revoir souvent.” Une autre tente de me rassurer, “Tout ce qu’on a retiré là, ça ne sera plus à faire.

 

Je discute avec Léa, bénévole, pour qui c’est également le premier nettoyage.
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Mais ça, c’était avant que la prochaine étape du nettoyage ne commence. Une étape que je ne soupçonnais pas du tout avant de venir sur le terrain, qui va au-delà de collecter les déchets que l’on trouve. Qui prend plus de temps, aussi, et est même encore plus physique, car elle s’effectue courbé.e en deux, le nez dans les déchets et les odeurs. Mais qui, surtout, est encore plus vitale et clef pour améliorer la situation sur le long terme, prendre des mesures vraiment impactantes pour l’environnement.

 

Cette étape, c’est celle du tri et de la catégorisation.

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Une fois tous.tes revenu.e.s au point de rendez-vous, nous vidons un.e par un.e nos sacs sur la bâche bleue étendue sur le sable. Puis nous trions les déchets. D’abord, de manière assez simple, en fonction des matières : plastique, carton, vêtements, métal, verre, caoutchouc, bois... Avant d’affiner et de créer des sous-catégories, plus précises. Définir par exemple quel type de carton nous avons exactement sous les yeux. Est-ce qu’il s’agit d’une brique de jus de fruit ou plutôt d’un cornet de churros ? Nous séparons les masques chirurgicaux des mouchoirs en papier. Bien sûr, ce tri nous aidera à recycler au mieux les déchets, selon les normes de la ville où l’on se trouve. Mais surtout, cela nous permet de pouvoir plus facilement compter et peser chaque catégorie de déchets. Ces chiffres, Marie ira ensuite les inscrire en ligne, sur la plateforme ReMed Zéro Plastique. Une plateforme de sciences participatives. Une base de données précieuse qui va permettre de mettre en place des actions de sensibilisation, et de faire remonter ces informations concrètes à l’échelle des municipalités et même du gouvernement. C’est, par exemple, grâce à ces statistiques que la loi pour l’interdiction du plastique à usage unique a été mise en place. La mairie de Fréjus, elle, face au nombre de mégots retrouvés sans cesse sur ses plages a décidé d’installer des cendriers votants, qui offrent aux visiteur.se.s un moyen ludique de jeter leurs mégots. En jetant, on vote. Et le nettoyage devient plus fun. La mairie va aussi mettre en place plus d’actions de sensibilisation autour de l’impact des mégots sur l’environnement, pour dissuader.

 

 
 
 
 
 
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La mission de ReMed est claire : “Pour réduire la pollution, il faut la connaître. Caractériser les données quantitatives et qualitatives sur les déchets sauvages qui aboutissent en mer permet d’identifier les origines géographiques locales, cibler les comportements des types d’acteurs et désigner les secteurs d’activités économiques à la source de cette pollution. À terme, ces données aideront à définir des mesures de réduction à mener au niveau local comme au niveau national et international”.

 

Au cours de notre nettoyage, nous avons trouvé par exemple de curieuses petites rondelles en plastique striées. Ce sont en fait, comme me l’explique Marie, des bio médias, c’est-à-dire des filtres en plastique utilisés pour le traitement des eaux usées des stations d’épuration. Ils servent donc à nettoyer les eaux, puis se retrouvent dans la mer, pour les polluer à nouveau, car dans les stations d’épuration ils sont au contact de nombreuses bactéries. Un cercle vicieux dramatique. Et on en retrouve de plus en plus sur les côtes. Comptabiliser leur présence de manière précise permettra peut-être de prendre des actions concrètes. Des millions de ces petits filtres ont déjà été rejetés dans la mer Méditerranée et retrouvés sur le sable.

 

 
 
 
 
 
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Les déchets de la côte Méditerranéenne, ne sont pas les mêmes que ceux des côtes bretonnes. Et pouvoir analyser ces différences est essentielle pour cerner nos habitudes de consommation et les modifier durablement.

Après le tri et le comptage, vous intégrez toutes ces données sur une plateforme en ligne, c’est bien ça ?

Et ce n’est pas tout, trier et catégoriser, cela permet aussi de revaloriser certains déchets. Ainsi, non seulement ils ne pollueront plus les littoraux, mais ils auront même le droit à une seconde vie. C’est le cas des bouchons, qui deviendront des bijoux grâce à la marque Sauvage, ou des mégots, récupérés par l’association Recyclop, qui les transforme en énergie. “Les mégots sont mélangés avec des déchets toxiques et brûlés à 1000 degrés. La chaleur produite par l’incinération se transforme en vapeur d’eau. Cette vapeur passe dans un turbo alternateur et produit de l’électricité.” L’association, présente principalement dans les Alpes-Maritimes, propose aussi des cendriers ludiques de poche, 100 % français, en liège et bambou. Pour rappel, un simple mégot peut polluer jusqu’à 500 litres d’eau. À chaque fléau, sa solution.

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recyclop_cendrier_sable

Les chiffres

 

Parce que les chiffres sont toujours particulièrement frappants, en voici quelques uns issus de notre ramassage. Pour un ramassage effectué pendant deux heures, à une quinzaine de volontaires, sur une distance d’à peu près 300m.

 

Nous avons récolté au total 37,8kg de déchets.

 

Parmi lesquels :

  • 483 mégots
  • 272 emballages en plastique
  • 132 mouchoirs
  • 2 portes de réfrigérateurs
  • 3 pneus
  • 38 canettes
  • 25 cotons tiges / bâtons de sucettes
  • 1 flotteur gonflable
  • 10 masques Covid
  • 27 bouteilles en plastique
  • Une tongue
  • 3 couches
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Jeter par terre, c’est jeter en mer

 

Cet été, n’hésitez pas à vous rapprocher des associations et des collectivités pour participer à une action de nettoyage près de votre lieu de vacances. On vous glisse une liste d’associations à la fin de l’article. Lancez le mouvement autour de vous, avec vos ami.e.s, votre famille. Et surtout, n’oubliez pas de catégoriser et de compter. Les mois de juillet et d’août, avec leur flot de vacanciers, sont les deux mois les plus néfastes pour nos plages. Pensez à ceux.celles qui passeront après vous, au mois de septembre, pour nettoyer.

 

Sur la thématique des déchets et du recyclage, l’éducation joue un rôle essentiel. Et s’il est toujours difficile de modifier des habitudes profondément ancrées, on peut permettre aux futures générations de grandir avec de nouveaux codes. Ainsi, l’éducation au développement durable fait désormais partie des programmes scolaires et les éco-délégués sont arrivés dans les collèges et les lycées. Les choses changent, et une génération plus consciente de son impact sur la planète et de l’absurdité de jeter ses déchets dans la nature est en train de naître. Une génération qui, peut-être, ne balancera plus nonchalamment ses mégots dans le sable en bord de mer. Qui se construira dans le respect de la nature et de notre environnement. À l’image de ces deux petites filles, âgées de dix ans à peine, venues nous féliciter avec leur maman sur la plage lors de notre action. Elles étaient fières de nous raconter leur dernière balade en forêt où elles avaient joué à ramasser le plus de déchets possible, scandalisées par ce qu’elles avaient pu trouver. À leurs yeux, notre nettoyage du jour n’était pas une juste bonne action ou un acte isolé de quelques concerné.e.s, mais bien une évidence.

Marie et Anaïs, vous aimeriez faire de la sensibilisation dans les écoles ?

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Juliette Mantelet

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